TÉMOIGNAGES

Voici quelques témoignages d'intervenantes et de femmes de passage à l'Arrêt-Source acceptent de partager.
  • NOUS COMPOSONS DANS L’ICI-MAINTENANT. NOUS FAISONS DU TEMPS UN ALLIÉ.

Témoignages vidéo

TÉMOIGNAGES DE FEMMES


TÉMOIGNAGE D'UNE FEMME

J’ai 6 ans, je prends soin de ma sœur de 2 ans depuis 2 jours, elle pleure beaucoup, elle doit avoir faim… mon père est parti boire, il avait soif, ma mère n’a pas le droit de prendre soin de nous, elle consomme. J’ai maintenant 13 ans, c’est mon anniversaire, ma mère m’offre mon cadeau : une ligne de coke. J’ai 15 ans, je retrouve ma mère morte d’une overdose, je meurs un peu moi aussi. Pour me sentir en vie et moins seule je fais de l’escorte et pour supporter les regards… je consomme. J’ai 25 ans, je suis en rechute et la chose la plus importante dans ma vie c’est la petite boîte dans ma chambre… ce sont les cendres de ma mère. J’ai 26 ans, je suis à L’Arrêt-Source depuis 6 mois et je reprends ma vie en mains, j’ai enfin de l’ESPOIR…

TÉMOIGNAGE D'UNE FEMME

Longtemps j’ai cru que pour être aimée mon corps, je devais le donner. Déjà à deux ans ma mère n’avait qu’un souhait: que le voisin me prenne et ne revienne jamais. 1,2,3, pourquoi faire autant d’enfants si ce n’est que pour que l’on s’occupe de moi l’espace d’un moment. Certains soirs, je me souviens, on me disait qu’on prenait soin de moi… Aujourd’hui, je comprends, qu’on abusait de moi… Il m’arrive encore de vivre pour lui mais aujourd’hui, grâce à L’Arrêt-Source, j’ai un peu l’impression que je me choisis… j’ai enfin de l’ESPOIR…

TÉMOIGNAGES D'INTERVENANTES


TÉMOIGNAGE D'UNE INTERVENANTE

Aujourd’hui, 12 septembre 2012, je réalise qu’il y a 11 ans, jour pour jour, je faisais mon entrée à L’Arrêt-Source. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, et depuis, je ne suis plus la jeune stagiaire de ce moment-là! Une amie m’a déjà demandé : «Pourquoi tu choisis de continuer de travailler là après tant d’années?» Parce que c’est une ressource en laquelle je crois! Je crois en notre mission, je crois en notre approche, je crois au long terme, je crois en notre équipe de travail, et surtout, je crois au potentiel de chacune des femmes! Je me considère privilégiée d’être actrice et témoin de l’évolution des femmes. Même après 11 ans, chaque journée est stimulante. J’ai toujours l’occasion d’apprendre des différentes situations, qu’elles soient plus difficiles ou non, de relever de nouveaux défis, le tout avec des collègues en or. Dans toutes les richesses que L’Arrêt-Source apporte aux femmes, elle m’a permis et me permet encore d’évoluer, de me réaliser, en tant qu’intervenante, en tant que personne, en tant que Femme. C’est pourquoi, je choisis de poursuivre ma route dans ce milieu empreint d’accueil, d’ouverture, de compréhension et d’apprentissage!

TÉMOIGNAGE D'UNE INTERVENANTE

1987, c’est l’année d’ouverture de L’Arrêt-Source. Il y a eu les premières résidantes, la première directrice, Monique, les premières intervenantes, Florence et Carole, autant de femmes, autant d’histoires, parmi elles, il y a mon histoire…
Il y a 22 ans, j’ai fait le même geste que plus d’un millier de femmes courageuses venues à L’Arrêt-Source : j’ai sonné à la porte de la maison avenue Christophe-Colomb.

Nous sommes le 19 décembre 1989, j’ai 23 ans, je termine à peine l’université et c’est ma première journée de travail. Autour de la table, il y a sept résidantes, et parmi elles, il y a une femme qui étudie en littérature à l’Université de Montréal. Avant L’Arrêt-Source, elle avait vécu plusieurs hospitalisations. Je me souviens de son toutou qu’elle faisait parler et qu’on devait faire taire pour ne pas nourrir un comportement qui aurait pu fragiliser davantage l’état de la jeune femme. Depuis L’Arrêt-Source, cette femme n’a jamais revécu d’hospitalisation, et plusieurs fois, au courant de l’année, nous recevons un appel d’elle. Encore aujourd’hui, elle connaît toutes les dates d’anniversaire des employées de l’époque. Elle est, à sa façon, la mémoire de L’Arrêt-Source.

1991. Une jeune femme originaire du Venezuela sonne à la porte. Je me souviens avoir été touchée par sa tristesse. Elle est accompagnée par son éducatrice des Centres jeunesse. Elle est maintenant adulte, et peu importe le lien d’attachement de la jeune femme à son Centre, le contrat est terminé. Elle est assise au pied de son lit, entourée de tous ses sacs, elle pleure doucement. Un autre deuil. À 18 ans, elle a déjà vécu plusieurs deuils: son pays, sa grand-mère, sa mère, son père, son enfance, ses amis, son éducatrice et son centre. Elle est maniaco-dépressive, elle est menue, sa voix tremblotante et son regard qui cherche l’amour font résonner mes fibres maternelles. Cette jeune femme est attachante. Elle a été la première femme à bénéficier de nos appartements supervisés en haut de la maison mère. C’était en 1992. En septembre dernier, j’ai reçu un téléphone… C’était la petite voix tremblotante. Elle s’est mariée deux ans après son séjour chez nous, elle est stable et surtout, elle est heureuse.

1995, une jeune femme resplendissante vient de terminer son séjour à L’Arrêt-Source. Elle a terminé son cours en technique infirmière et a loué son premier appartement. Nous sommes loin de la jeune femme qui, deux ans plus tôt, était en dépression majeure suite à une rupture. Elle avait un problème de dépendance. À L’Arrêt-Source, elle a appris à se faire confiance, elle s’est fait supporter par un groupe, elle s’est fait apprécier, elle s’est épanouie. Elle a été la première femme à bénéficier de nos services suite à un séjour.

1995. La première et seule femme de l’histoire de L’Arrêt-Source à avoir fait partie du conseil d’administration. Femme de tête et de cœur, je me souviens d’elle pour son courage, sa force et sa détermination. Prostitution, drogue, rue et violence faisaient partie de son passé. Cette femme avait une maturité déconcertante et une force de caractère impressionnante. Elle a fait grandir tout un groupe, moi comprise.
En 22 ans, j’ai entendu des histoires drôles, touchantes, tristes, surprenantes ou bien qui sortent de l’entendement. C’est le cas de l’histoire de cette jeune femme qui a été abusée par son père alors qu’elle n’était qu’une enfant. L’emprise qu’il avait sur elle était totale. Un enfant est d’ailleurs né de ces abus.

Le courage est une caractéristique importante de nos jeunes femmes, mais il y a aussi la résilience… Je me rappelle de cette femme recroquevillée dans la chaise à l’entrée de la maison, pouce à la bouche, biberon et doudou à la main. À son actif, tentative de suicide, abus de drogues, impulsivité, fébrilité, un brin délinquante. Cette femme m’a appris à descendre au niveau du cœur, elle m’a montré le chemin de l’empathie, ensemble on s’est fait confiance. Elle a eu le courage de parler pour la première fois de l’inceste qu’elle a vécu et aussi d’en parler à sa mère. Cette dernière se libère à son tour de son propre inceste vécu dans sa jeunesse. Pour une fois, la mère et la fille se rejoignent, s’entendent et se comprennent. Malgré un BAC complété, elle ne pourra jamais travailler… elle est trop fragilisée dans son intégrité, trop de dommage a été fait dans son être.

Parmi les histoires bouleversantes, je me souviens, en 2004, d’une jeune femme, qui huit mois après son arrivée à L’Arrêt-Source apprend, lors d’une visite chez le médecin qu’elle est enceinte de 38 semaines… Elle n’a jamais eu de symptôme évident de grossesse. Elle fait un déni de grossesse… Nous vivons la grossesse en accéléré jusqu’au jour de l’accouchement. À peine quelques minutes de vie et elle vit déjà ses premières détresses respiratoires, déjà il faut penser à la débrancher. On assiste la jeune mère dans son deuil selon le protocole de l’hôpital, on habille le poupon, nous berçons le corps inerte, je me souviens de la sensation de tenir le vide, et nous prenons des photos avec cette petite femme déjà morte qui n’a laissé aller qu’un souffle… aucune larme, aucun regard.

Le post-hébergement voit le jour de façon structurée en 2004, et chaque année, 70 à 80 femmes font appel à ce service.

En 2007, nous avons fait partie d’un projet-pilote avec L’Institut Victoria. Leur expertise auprès de personnes ayant un trouble de personnalité limite nous a permis de devenir, au fil des ans, une ressource spécialisée dans l’aide et le soutien à apporter à ces jeunes femmes.

Malgré toute notre expérience et malgré tout le bon vouloir de ces jeunes femmes, il y a l’espoir qui peut s’effriter. Il y a des vides intérieurs si grands, il y a des peines si immenses que la seule issue pour certaines, c’est de se donner la mort. Je me souviens de Josée, morte par suicide en 1991, deux ans après son séjour chez nous. Il y a Rachel, décédée par suicide le 9 décembre 2006. Il y a Ginette, qui à force de trop boire, est décédée d’une maladie du foie. Et Carole, qui derrière son rôle de directrice, a bien su dissimuler sa détresse pour se donner la mort un dimanche soir de janvier 1997...

Nous sommes loin de la structure de départ, mais ce qui n’a pas changé depuis toutes ces années, c’est le courage de ces jeunes femmes qui sonnent à la porte avenue Christophe-Colomb avec dans leur cœur l’espoir que demain soit meilleur.
Une autre femme, une autre histoire…

TEXTES TIRÉS DES DIFFÉRENTS RECUEILS DE TEXTE PRODUIT PAR LES ATELIERS D’ÉCRITURE DE 2009 À 2012


QUAND JE SERAI GRANDE, JE SERAI…

En fait, j’ai proposé cet exercice et je ne sais même pas où moi-même je m’en vais dans ma vie. Je commence à avoir peur de ce que je vais bien pouvoir écrire. Mais une chose est certaine, c’est qu’être un enfant, c’est avoir le droit de rire, s’amuser et apprendre. La première fois que j’ai fait un sapin de Noël, c’était ici, à L’Arrêt-Source. La première fois que j’ai appris à m’amuser, c’était ici. Un jour, à l’Halloween, Sonia et Mariève nous ont fait jouer à un jeu qui avait pour but de s’envelopper complètement de papier de toilette. La première équipe à finir de s’envelopper, gagnait. Ensuite, j’ai fait la leçon à Sonia en lui disant que Johanne allait la chicaner parce que c’est du gaspillage. Je pliais chaque papier de toilette qui tombait. Sonia m’a pourtant confirmé que Johanne était au courant. Alors, j’ai commencé à aimer m’amuser! Et quand je serai grande, je voudrais rester petite car je voudrais pouvoir apprendre aux adultes, qui n’ont jamais été des enfants, à être des enfants sachant s’amuser car si Mariève et Mylène n’avaient pas été là, qui m’aurait appris à faire des bonhommes de neige? À jouer à la cachette? Voir pour la première fois les feux d’artifices? Moi qui croyais entendre des bombes! Qui m’aurait appris à être une enfant pour apprendre aux miens, mes enfants, ce que c’est vraiment? Merci L’Arrêt-Source!

C’est maintenant que je peux m’apercevoir du changement fait dans ma vie. En fermant les yeux, je n’y ai pas vu ce que j’y voyais auparavant. Les fantômes qui me hantaient à l’époque sont désormais des souvenirs, mais ici, j’ai appris à les voir, les accepter et surtout les combattre. J’en voulais tellement aux intervenantes qui me faisaient fermer les yeux. Je les trouvais cruelles et insensibles, mais au contraire, c’était pour mieux les combattre avec moi. Aujourd’hui, assise dans cette cuisine qui me faisait penser à la période où j’avais si peur d’y rencontrer quelqu’un qui me ferait comprendre que je ne suis pas normale, j’ai appris que c’est ma vie qui n’était pas normale! J’étais terrorisée à l’idée de rencontrer des personnes différentes de moi, et maintenant, j’adore détecter cette différence chez les autres. Je rencontre des personnes intéressantes, passionnantes dans toutes les personnes que je croise. J’arrive à ne garder que le bon. Certains me trouveraient naïve ou même niaiseuse, mais quand je ferme les yeux et que ce n’est ni ma mère, ni personne d’autre de mon passé, je peux affirmer que L’Arrêt-Source a fait de moi une fille meilleure. Merci L’Arrêt-Source!

PRÉSENCE

Très important pour moi, sinon je serais malheureuse. La présence des intervenantes me cajole et me fait sentir là. Je sais que lorsque je vais m’en aller, je n’oublierai jamais toute l’attention et l’amour qu’elles m’ont donnés. (ABCD’art de L’A-S, 2010, p. 59)

UN SOUHAIT

J’avais des craintes de ne pas être acceptée et j’étais stressée vu que je n’avais pas renouvelé mon bail. J’avais peur de ne pas cadrer avec les filles de la maison, mais à ma première impression, elles n’avaient pas l’air si menaçant, un peu tout de même. L’accueil était chaleureux et plein de gaieté. Donc j’étais rassurée, c’était ma première maison d’hébergement. La maison a de belles couleurs, et y règne une belle atmosphère. Après ma visite, j’avais hâte de venir habiter là et de leur raconter tous mes problèmes pour qu’elles m’aident de bon cœur. (Écritures vagabondes, 2011, p.10)

AUTHENTICITÉ

Trait de caractère poussant la personne à s’ouvrir réellement aux autres. Manière d’être lorsqu’on enlève tous les artifices. (ABCD’art de L’A-S, 2010, p.11)

GRATITUDE

Savoir apprécier l’aide que l’on reçoit par une ou plusieurs personnes.
Garder en mémoire affectueusement.
Être reconnaissante. (ABCD’art de L’A-S, 2010, p.34)

LETTRE À MOI-MÊME

Ma chère S..., Je veux te remercier pour toutes les fois que tu as été cherché de l’aide pour moi. Je te remercie beaucoup de m’avoir accompagnée au CLSC … vers la fin août 2007 jusqu’au centre de crise. Pour ma vie de couple avec mon ex qui ne fonctionnait plus! Avec la travailleuse de… Merci aussi de m’avoir convaincue d’essayer L’Arrêt-Source, malgré mes peurs des règlements de la maison. Merci encore d’avoir signé le bail ici où je demeure aujourd’hui depuis un an déjà le 6 juillet 2010. (Écritures vagabondes, 2011, p.82)

S’ÉCRIRE UNE LETTRE POUR SE DIRE MERCI…

Je te remercie d’avoir quitté ton ex, je n’aimais te voir ainsi, toujours à pleurer, t’excuser, te laisser rabaisser, ne plus avoir le goût de sortir. Tu n’allais même plus voir tes amis et ta famille et ta relation avec ces êtres qui te tenaient tant à cœur s’est désagrégée sans qu’ils l’aient mérité.

Je te remercie de l’avoir fait sortir de cet enfer. Il avait 4 ans et avait tellement de retard au niveau du langage et du moteur. Il n’était pas normal qu’il soit toujours enfermé devant la télé et qu’il voie et vive toute cette violence. Je te remercie en cours de route de lui avoir prodigué tant d’affection, qu’il ait pu compter sur au moins un de ses deux parents et que grâce à ça, il sache faire confiance à d’autres adultes.
Je te remercie de te confronter ainsi tous les jours, dépoussiérer tous tes sentiments, tes douleurs, tes bleus et tes noirceurs, réapprendre à te connaître et réapprendre à fonctionner normalement comme un paralysé qui doit réapprendre à marcher. (Écritures vagabondes, 2011, p.97)

LA VIE DE GROUPE

Bla, bla,bla! Placoti, placota! Tout le monde parle en même temps. Plus moyen de s’entendre entre « gang » de placoteuses.
Chiâler, se plaindre, s’aider, s’écouter, s’entraider, à l’aide! On est une grande famille à L’Arrêt-Source.
Des intervenantes sur le plancher 24h sur 24h, 7 jours sur 7 jours…Pleurer, ventiler, se défouler, dire ce qu’on a sur le cœur…
S’amuser, se divertir, s’aimer, s’endurer, se piler sur les pieds, se taper sur les nerfs l’une et l’autre…
Les virus, les bactéries, les microbes, les bobos,
Bienvenue dans une vie de groupe où toutes les femmes emmènent chacune leurs problèmes dans leur valise!
Torcher, encore et encore,
Popoter les soupers de la semaine,
Communiquer, sortir nos expressions lors des réunions de groupe, écouter les unes les autres, ce qu’elles ont à dire.
Participer à des activités de groupe. Vive les sorties de groupe! En passant, j’aimerais aller à la cabane à sucre au printemps 2009…si possible!
Se connaître soi-même, s’endurer soi-même, endurer les autres. Apprendre à nous exprimer dans une vie de groupe, mettre nos limites. Vivre tout le monde ensemble avec nos problèmes qui nous appartiennent!
Fêter Noel, vive les cadeaux, les nananes-surprises, la bouffe, la visite. Vivre en harmonie, une vraie vie de famille. L’amour, tendresse, affection et encore… (Constellation d’Étoiles, 2009, p.55)

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